Mahamat Nour Ali - Le Portrait TD https://www.leportrait.td La référence des profils tchadiens Tue, 13 Oct 2026 10:22:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://www.leportrait.td/wp-content/uploads/2024/06/cropped-FORMAT-CARRE-2-32x32.jpg Mahamat Nour Ali - Le Portrait TD https://www.leportrait.td 32 32 Vandar Dorsouma : une vie consacrée à l’art et au théâtre https://www.leportrait.td/vandar-dorsouma-une-vie-consacree-a-lart-et-au-theatre/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=vandar-dorsouma-une-vie-consacree-a-lart-et-au-theatre https://www.leportrait.td/vandar-dorsouma-une-vie-consacree-a-lart-et-au-theatre/#respond Tue, 13 Oct 2026 10:12:12 +0000 https://www.leportrait.td/?p=8416 Vandar Dorsouma, né le 27 février 1967 à N’Djamena, est aujourd’hui une figure incontournable du paysage culturel tchadien et africain. Directeur du Théâtre Mawndoh Culture (Themacult) et président du Conseil régional africain de l’Institut International du Théâtre, cet homme de 59 ans a consacré quarante années de sa vie à l’art dramatique, qu’il a embrassé avec passion, résilience et détermination. Son histoire avec le théâtre commence en 1986, lorsqu’il prend une décision radicale, celle de quitter les bancs de l’école pour se consacrer exclusivement à l’art. Ce choix, incompris de sa famille, notamment de son père, le transforme en marginal. « C’était mon choix, mais il n’avait pas compris. Je suis devenu un étranger dans la concession familiale. Je sors le matin pour ne rentrer que la nuit. Malgré cela, j’ai fait mon chemin, j’ai ouvert mes fenêtres et j’ai cherché des contacts et avec les soutiens des aînés que j’ai rencontrés dans quelques pays africains, j’ai créé le festival Themacult », témoigne-t-il. Mais ce qui l’a poussé à quitter les bancs de l’école, est qu’en 1991, quand il était en terminale et les enseignants étaient en grève et ont décidé de ne pas composer le baccalauréat, le gouvernement a …

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Vandar Dorsouma, né le 27 février 1967 à N’Djamena, est aujourd’hui une figure incontournable du paysage culturel tchadien et africain. Directeur du Théâtre Mawndoh Culture (Themacult) et président du Conseil régional africain de l’Institut International du Théâtre, cet homme de 59 ans a consacré quarante années de sa vie à l’art dramatique, qu’il a embrassé avec passion, résilience et détermination.

Son histoire avec le théâtre commence en 1986, lorsqu’il prend une décision radicale, celle de quitter les bancs de l’école pour se consacrer exclusivement à l’art. Ce choix, incompris de sa famille, notamment de son père, le transforme en marginal. « C’était mon choix, mais il n’avait pas compris. Je suis devenu un étranger dans la concession familiale. Je sors le matin pour ne rentrer que la nuit. Malgré cela, j’ai fait mon chemin, j’ai ouvert mes fenêtres et j’ai cherché des contacts et avec les soutiens des aînés que j’ai rencontrés dans quelques pays africains, j’ai créé le festival Themacult », témoigne-t-il.

Mais ce qui l’a poussé à quitter les bancs de l’école, est qu’en 1991, quand il était en terminale et les enseignants étaient en grève et ont décidé de ne pas composer le baccalauréat, le gouvernement a recruté d’autres personnes pour organiser le baccalauréat. « On était dans la salle du lycée Félix Eboué en train de composer la première matière et il y avait des tirs. On était sorti, on a jeté les feuilles et on a sauté le mur. C’est depuis ce jour que je n’ai plus remis pied au lycée », se souvient encore Vandar Dorsouma.

Malgré une adolescence perturbée par la guerre civile de 1979 et un parcours scolaire interrompu brutalement par les événements violents lors du baccalauréat de 1991, il trace sa propre voie. Son école, il la crée lui-même, se formant entre le Burkina Faso, le Cameroun et le Bénin, où il trouve mentors et repères dans le milieu artistique.

En 1989, avec un groupe de lycéens passionnés, il fonde Themacult, une troupe théâtrale devenue au fil des années un centre culturel de référence. En 2003, il installe un espace dédié à la production et la diffusion artistique. Malgré l’absence de subventions publiques, il persiste à faire vivre cet espace grâce à ses propres moyens, les revenus des spectacles et la solidarité artistique. « J’ai arrêté l’école pour dire que je ne fais que mon art. Donc, je me suis donnée corps et âme à cette structure et c’est ainsi que nous sommes arrivés avec ceux qui étaient au tour de moi à pouvoir installer un espace théâtre Themacult en 2003. On s’est dit que quand on choisit de faire l’art, il faut laisser quelque chose pour montrer que le choix n’a pas été inutile. Si c’est dans d’autres pays, ça sera plus grand que ça », dit-il.

Auteur prolifique, Vandar a écrit une vingtaine de pièces de théâtre, dont certaines comme « La bouche des vieillards », « Abrass affine », « Il est grand temps » et « L’âme bé l’âme », sont publiées et diffusées à l’échelle nationale et internationale. Pour lui, l’originalité est au cœur de la création artistique. « Je me suis intéressé à l’écriture au collège, quand j’écrivais des poèmes et nouvelles. Peu après, je me suis consacré à l’écriture de théâtre et j’en ai écrit une vingtaine de pièces théâtrales. On ne peut vendre que ce qui est imaginé et rêvé par l’artiste » indique-t-il.

Son engagement dépasse la scène, car il est formateur de jeunes artistes, organisateur de festivals, militant de la non-violence, membre de la Fédération tchadienne d’art dramatique, ancien rapporteur au Conseil économique et social, il est aussi connu pour son travail avec les scouts du Tchad. Ses actions artistiques sont profondément enracinées dans un désir de paix, de vivre ensemble et de transformation sociale.

Vandar n’a jamais cessé de militer pour la reconnaissance institutionnelle de l’art au Tchad. Il déplore l’absence d’école artistique nationale, l’absence de financement pérenne et la précarité dans laquelle travaillent les artistes. Pourtant, il continue d’y croire, convaincu que la culture est un moteur de développement. Il exhorte les jeunes à travailler avec rigueur et passion pour produire un art authentique et appelle les autorités à inscrire la culture parmi leurs priorités.

Les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé confirment son influence. Mahamat Nour Ali, son mentor, le décrit comme un homme fidèle, cultivé, persévérant et profondément respectueux. « Certaines personnes, arrivées à un certain niveau de connaissance, ne connaissent pas ceux qui les avaient formées. Ce n’est pas le cas de Vandar. Une personne qui a la licence ou la maîtrise ne peut se mettre devant Vandar. Il me dépasse déjà et je suis fière. Il m’a jamais fait savoir qu’il est supérieur à moi et on continue à travailler jusqu’aujourd’hui », témoigne son mentor.

Mariam Mayombila, comédienne et entrepreneuse culturelle, témoigne que Vandar est l’un des défenseurs de l’association Tchad non-violence et il était dynamique. Il pratiquait en même temps le théâtre. « Je l’ai repéré pour aller représenter  le Tchad au festival international du théâtre pour le développement au Burkina Faso. C’est là où est née la relation et on a continué par travailler ensemble. Il était le directeur artistique de mon entreprise Kadja Kossi en 1994 à N’Djamena », affirme-t-elle.

Elle souligne également son intégrité, sa loyauté et sa capacité à mener des projets sans jamais faire de l’argent une finalité. « Vandar ne travaille pas pour l’argent. Il fait quelque chose parce qu’il en croit et aime. Je n’ai jamais eu à signer un contrat dans ma vie avec lui. On a  toujours collaboré sans esprit financier et c’est ce que j’ai admiré chez lui », ajoute-t-elle.

Malgré les difficultés, Vandar Dorsouma reste debout, guidé par une foi inébranlable dans l’art. Il est de ceux qui ont façonné la visibilité culturelle du Tchad sur la scène internationale. Un pionnier, un bâtisseur, un homme de convictions. Un artiste pour qui l’art n’est pas un choix secondaire, mais une mission de vie.

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