ONRTV - Le Portrait TD https://www.leportrait.td La référence des profils tchadiens Sat, 03 May 2025 15:15:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://www.leportrait.td/wp-content/uploads/2024/06/cropped-FORMAT-CARRE-2-32x32.jpg ONRTV - Le Portrait TD https://www.leportrait.td 32 32 Ahmad Makaila : l’éditorialiste reconverti en diplomate https://www.leportrait.td/ahmad-makaila-leditorialiste-reconverti-en-diplomate/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=ahmad-makaila-leditorialiste-reconverti-en-diplomate https://www.leportrait.td/ahmad-makaila-leditorialiste-reconverti-en-diplomate/#respond Sat, 26 Apr 2025 11:26:59 +0000 https://www.leportrait.td/?p=8289 « Vivement à lundi prochain ! » C’était la phrase rituelle entendue tous les lundis pendant près de cinq ans sur les ondes de la télévision et de la radio nationales du Tchad. Quatre à cinq minutes hebdomadaires où, dans un français très soutenu, il disséquait un sujet de l’actualité nationale. Il offrait aux Tchadiens, ou plutôt aux « lettrés » tchadiens, sa vision et son analyse de la situation ou de l’évolution du pays. C’était « l’édito de Ahmad Makaila ».  Makaila y peignait, avec finesse, les grands sujets de l’actualité nationale. C’est à travers cet exercice qu’il a bâti une réputation nationale d’intellectuel et de « grand journaliste ». Une réputation qui lui a valu de nombreux postes au sein de l’administration et de la diplomatie tchadienne. Ahmad Makaïla occupe actuellement le poste d’ambassadeur du Tchad à Paris. Pourtant, rien ne prédestinait ce journaliste dans « l’âme » à une carrière dans la diplomatie. « C’est un concours de circonstance » reconnaît-il. Son père est interprète professionnel, un métier noble qui procure une certaine place dans la société.  Il est par conséquent issu d’un milieu lettré, ce qui n’était pas le cas pour la grande majorité de Tchadiens …

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« Vivement à lundi prochain ! » C’était la phrase rituelle entendue tous les lundis pendant près de cinq ans sur les ondes de la télévision et de la radio nationales du Tchad. Quatre à cinq minutes hebdomadaires où, dans un français très soutenu, il disséquait un sujet de l’actualité nationale. Il offrait aux Tchadiens, ou plutôt aux « lettrés » tchadiens, sa vision et son analyse de la situation ou de l’évolution du pays. C’était « l’édito de Ahmad Makaila ».  Makaila y peignait, avec finesse, les grands sujets de l’actualité nationale. C’est à travers cet exercice qu’il a bâti une réputation nationale d’intellectuel et de « grand journaliste ». Une réputation qui lui a valu de nombreux postes au sein de l’administration et de la diplomatie tchadienne. Ahmad Makaïla occupe actuellement le poste d’ambassadeur du Tchad à Paris. Pourtant, rien ne prédestinait ce journaliste dans « l’âme » à une carrière dans la diplomatie. « C’est un concours de circonstance » reconnaît-il. Son père est interprète professionnel, un métier noble qui procure une certaine place dans la société.  Il est par conséquent issu d’un milieu lettré, ce qui n’était pas le cas pour la grande majorité de Tchadiens à cette époque. C’est peut-être de là aussi, qu’il tient son « talent d’éloquence » et cet amour pour la verve.

Ses « éditos » touchaient à tout. Opérateur de téléphonie mobile, pratiques médicales, institutions publiques et privées, il abordait tous les sujets liés à l’actualité tchadienne, au point où il commençait à déranger « sérieusement ». « L’école tchadienne est malade et sous perfusion » dira-t-il en 2012. Est-elle guérie aujourd’hui ? Pas sûr. Dans un édito du 9 janvier 2012, il affirme que « le Serment d’Hippocrate est devenu [pour les médecins tchadiens] un serment d’ivrogne ».  Un édito qui lui vaudra un rappel à l’ordre par le Haut conseil de la communication, l’instance de régulation des médias au Tchad, actuelle HAMA [NDLR] à la suite d’une plainte de l’Ordre nationale de médecins.

Les rendez-vous hebdomadaires de Makaila étaient, pour la radio et la télévision nationales, synonymes de grandes audiences. Ces deux chaînes publiques ont ainsi pu attirer une audience jusque-là réfractaire ou méfiante à l’égard des discours officiels. L’éditorialiste a, en tout cas, marqué toute une génération de Tchadiens. Aujourd’hui encore, de nombreux jeunes ou moins jeunes Tchadiens, s’identifient à lui ou rêvent d’une carrière semblable à la sienne.

La vie de diplomate

L’ambassadeur Ahmad Makaila présente ses lettres de créance à Emmanuel Macron © Facebook Ambassade du Tchad à Paris.

En ces moments de turbulences entre Paris et son ancien pré-carré francophone, il est constamment sollicité. Pas facile de trouver un rendez-vous avec le diplomate. « Makaila est un homme très occupé », nous avait confié l’un de nos contacts. La veille, il recevait d’ailleurs Benjamin Roger, journaliste au quotidien Le Monde.

Il a fallu un simple message pour que son « excellence » instruit son assistante pour caler un rendez-vous. Nous voilà donc au 65 Rue des Belles Feuilles à Paris, siège de l’ambassade du Tchad. Au départ, nous avions hésité à le solliciter, craignant de ne pas obtenir de réponse favorable. Erreur ! Le diplomate et ancien journaliste est « disponible » et à « l’écoute » de tous ceux qui le sollicitent, nous a fait savoir une ancienne journaliste qui a travaillé sous ses ordres. « Cela vaut toujours le coup d’essayer. Il faut frapper à toutes les portes », nous conseillera-t-il.

Dans son vaste bureau soigneusement rangé, portrait officiel des présidents Mahamat Idriss Deby Itno et Emmanuel Macron, au mur juste derrière son poste de travail. Au fond, deux Kakemonos présentent le Tchad et ses diverses richesses touristiques. Sur la table, journaux et cartables avec emblème du Tchad. Il nous invite à prendre place.

C’est un homme de « culture et un lecteur » nous a expliqué l’ancienne journaliste. Il est reconnu pour sa maîtrise de la langue de Molière. La langue française est « notre langue, […], ce sont les avatars et les vicissitudes de notre histoire qui ont voulu qu’il en soit ainsi » disait-il en 2012. Méfiant du fait que « la langue anglaise poursuit la langue française dans son espace », le diplomate « baragouine » également en anglais. Mais pas seulement, il parle aussi l’arabe, le kanembou et le dézaga, deux langues tchadiennes.

La vie de journaliste  

Né à N’Djamena en 1971, le jeune Makaila entreprend des études de journalisme à Niamey. Car l’unique université du Tchad, l’Université de N’Djamena ne délivre pas encore de formation en journalisme. Il fera un détour d’une année en sociologie par le Burkina Faso. À Niamey, il fait la connaissance de ses futurs aînés et cadets dans la profession. Nous sommes en 1994 : de grands noms du journalisme tchadien sont passés par l’Institut de formation aux techniques de l’information et de la communication (Iftic). Avec l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) de Yaoundé, l’Iftic de Niamey était l’un des grands centres de formation des journalistes dans la sous-région. Certains de ces diplômés occupent aujourd’hui des postes importants dans les grandes institutions du pays. Passage par le gouvernement, ambassadeurs, attachés de presse ou consuls, etc. Ils sont nombreux, et cela, grâce au métier de journaliste. Ce métier, nous confiera-t-il, « est un tremplin » qui ouvre les portes vers différents horizons.

À Niamey, Makaila a également travaillé pour Télé Sahel, la Télévision nationale du Niger. Il sera d’ailleurs témoin du coup d’État contre le président Baré Maïnassara en 1998.

Année 2000, retour au pays. Sur les ondes de RFI, Alain Foka, célèbre producteur et présentateur de RFI, passé aujourd’hui dans le militantisme panafricaniste, y animait Médias d’Afrique, magazine quotidien qui donnait la parole aux journalistes au sud du Sahara. Makaila y officiait de 2000 à 2003.  Journaliste le plus en vue du pays, il sera appelé comme conseiller en communication à la présidence du feu Maréchal Idriss Deby Itno. Il reprend en 2005 ses chroniques avec RFI jusqu’à l’arrêt total de l’émission en 2010. On y parlait de Lampedusa, Berlusconi, Kadhafi… C’est une lecture africaine de l’actualité internationale.

Ahmad Makaila a eu plusieurs aventures professionnelles. Sa vie ne pourrait se résumer uniquement entre le journalisme et la diplomatie. « Il y a eu plusieurs séquences avant mon arrivée à l’office [Office National de Radio et Télévision du Tchad, ndlr] ». Il fait un passage à Harare au Zimbabwe où il fut coordonnateur d’un projet au sein du ministère de plan. En 2010, il publie Décryptage de l’actualité internationale : recueil d’analyses, de commentaires et d’éditoriaux où il expose son point de vue sur l’actualité internationale. Il devient l’année d’après directeur de l’Agence Tchadienne de Presse pendant environ une année et demie avant d’être nommé directeur général adjoint de l’Office national de radio et télévision Tchadienne (Onrtv).

C’est ici qu’il marquera l’histoire du journalisme au Tchad. Outre ses éditos, il couvrira pour le compte de la radio et télé nationale l’intervention de l’armée Tchadienne au Mali en 2013. Il interviewe l’adjoint du commandant en chef de la force tchadienne, colonel à l’époque – un certain… Mahamat Idriss Deby, aujourd’hui Maréchal et président du Tchad.

Éphémère porte-parole du ministère des Affaires étrangères en 2018, il fut, une année avant, porte-parole de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Mali (Minusma) en 2017.

Là où tout a commencé…

Nommé en 2018 par Deby père ambassadeur du Tchad auprès de la Suisse, et Représentant permanent auprès de l’Office des Nations unies à Genève, de l’OMC et des autres Organisations Internationales basées en Suisse. Il présente ses lettres de créances à l’aise aussi bien en costume que dans les boubous traditionnels africains.

C’est   de       Genève         qu’il    sera    nommé         ambassadeur          extraordinaire         et plénipotentiaire du Tchad auprès de la République française. Il est aussi ambassadeur non-résident auprès du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, de l’Espagne, du Portugal, de la Chypre et du Vatican.

Le diplomate doit mettre ses « talents » d’éditorialiste au service de la diplomatie, afin que la dénonciation des accords militaires liant N’Djamena à Paris n’affecte pas d’autres domaines. « C’est une séparation concertée, qui se déroule dans le bon ordre et n’affectera pas le reste des relations bilatérales avec la France », répond-il lorsqu’on l’interroge à ce sujet.

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