Reounodji Gabin - Le Portrait TD https://www.leportrait.td La référence des profils tchadiens Sun, 07 Dec 2025 10:27:07 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://www.leportrait.td/wp-content/uploads/2024/06/cropped-FORMAT-CARRE-2-32x32.jpg Reounodji Gabin - Le Portrait TD https://www.leportrait.td 32 32 Reounodji Gabin : un précurseur de l’art plastique au Tchad, parti trop tôt https://www.leportrait.td/reounodji-gabin-un-precurseur-de-lart-plastique-au-tchad-parti-trop-tot/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=reounodji-gabin-un-precurseur-de-lart-plastique-au-tchad-parti-trop-tot https://www.leportrait.td/reounodji-gabin-un-precurseur-de-lart-plastique-au-tchad-parti-trop-tot/#respond Sun, 07 Dec 2025 10:15:44 +0000 https://www.leportrait.td/?p=15897 Reounodji Gabin, connu sous son nom d’artiste Gabin Art, figure incontournable de la scène artistique tchadienne, s’est éteint le 6 décembre 2025 des suites d’un accident de circulation à N’Djamena. Le Portrait Td revient sur son parcours et sur les confidences qu’il avait partagées lors d’une interview accordée au média. Né le 13 février 1987, l’artiste plasticien a consacré sa vie à l’expression visuelle et à la transmission de messages à travers ses œuvres. Très jeune, il est fasciné par les dessins muraux qui l’entourent. Cette fascination nourrit très tôt son désir de devenir artiste plasticien, un engagement qu’il poursuivra avec constance. Pour Gabin, l’art était un acte d’engagement, une manière de raconter des histoires et de porter des messages. Chaque tableau incarnait une part de lui-même et faisait écho à ses souvenirs d’enfance. L’une de ses œuvres les plus marquantes fusionne les images de Mona Liza et de Kélou, deux figures historiques. Dans cette création, le corps de Mona Liza est remplacé par celui de Kélou. Colorée et audacieuse, l’œuvre a suscité de vives réactions au Tchad comme à l’international, illustrant l’approche de l’artiste, qui revisitait l’histoire à travers la créativité. Son parcours, malgré les difficultés, était ponctué de …

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Reounodji Gabin, connu sous son nom d’artiste Gabin Art, figure incontournable de la scène artistique tchadienne, s’est éteint le 6 décembre 2025 des suites d’un accident de circulation à N’Djamena. Le Portrait Td revient sur son parcours et sur les confidences qu’il avait partagées lors d’une interview accordée au média.

Né le 13 février 1987, l’artiste plasticien a consacré sa vie à l’expression visuelle et à la transmission de messages à travers ses œuvres. Très jeune, il est fasciné par les dessins muraux qui l’entourent. Cette fascination nourrit très tôt son désir de devenir artiste plasticien, un engagement qu’il poursuivra avec constance.

Pour Gabin, l’art était un acte d’engagement, une manière de raconter des histoires et de porter des messages. Chaque tableau incarnait une part de lui-même et faisait écho à ses souvenirs d’enfance. L’une de ses œuvres les plus marquantes fusionne les images de Mona Liza et de Kélou, deux figures historiques. Dans cette création, le corps de Mona Liza est remplacé par celui de Kélou. Colorée et audacieuse, l’œuvre a suscité de vives réactions au Tchad comme à l’international, illustrant l’approche de l’artiste, qui revisitait l’histoire à travers la créativité.

Son parcours, malgré les difficultés, était ponctué de réussites. Gabin a su se faire un nom au-delà des frontières : il a participé à des festivals artistiques au Niger (2013), en Suisse (2021), en Égypte et en Italie. Malgré les contraintes financières et matérielles qui freinaient souvent son travail, il n’a jamais renoncé à repousser les limites de sa créativité. Il a également organisé plusieurs expositions, notamment à Moundou et à N’Djamena, afin de promouvoir les artistes locaux et de valoriser leurs œuvres auprès du public.

L’artiste n’hésitait pas à dénoncer la réalité difficile des plasticiens au Tchad. Selon lui, l’absence de soutien institutionnel et le manque d’infrastructures dédiées constituent de véritables obstacles à leur épanouissement. « Les gens ne connaissent pas notre importance ici. La plupart des artistes ne sont valorisés qu’après leur disparition, et les récompenses reviennent alors à leurs familles, pas à eux », confiait-il avec amertume.

Il regrettait aussi le faible intérêt de certaines personnalités pour l’art. « Certaines personnes ignorent la valeur de nos tableaux. Quand nous fixons un prix, par exemple 500 000 FCFA, elles estiment que c’est trop cher. Elles se focalisent sur le montant plutôt que sur le message ou l’importance de l’œuvre », expliquait-il.

Son ami et collègue, Minguenodji Le Mbatoloum Namara, se souvient d’un homme d’une grande intégrité : « Il aimait le travail bien fait et détestait le mensonge. Ce que j’appréciais particulièrement chez lui, c’est qu’il partageait ses connaissances et son matériel sans rien attendre en retour. »

Reounodji Gabin a également connu des débuts difficiles, marqués par le rejet de sa propre famille lorsqu’il a choisi l’art. « J’ai été chassé de la maison parce que je faisais des dessins. On me traitait de nul. En 2003, je suis allé vivre chez ma tante, et c’est là que ma carrière a vraiment commencé. J’ai voyagé en RCA, au Cameroun et au Nigeria pour me former, avant de revenir au pays en 2010. Ma famille pensait que j’allais rater ma vie, mais j’ai prouvé le contraire. Aujourd’hui, je suis devenu un exemple pour eux », racontait-il fièrement.

Aujourd’hui, le Tchad perd un artiste de renom. Reounodji Gabin incarnait la persévérance et la conviction que l’art peut être un moyen de s’accomplir tout en influençant la société. Alors que l’art plastique peine encore à trouver sa place au Tchad, il s’est battu pour sa reconnaissance et pour que ce métier soit considéré à sa juste valeur. Paix à son âme !

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