Le parcours de Abakar Sidjim est un exemple éloquent de la manière dont les opportunités saisies, plutôt qu’un plan de carrière rigide, peuvent aboutir à une trajectoire professionnelle riche et significative. Son histoire illustre comment une orientation imposée par les circonstances peut, à force de persévérance et d’engagement, se transformer en vocation.
« Je me suis retrouvé dans le monde des projets par hasard. Après mon DEA en sciences de l’environnement au Sénégal, obtenu grâce au soutien de mon frère aîné, je suis rentré au pays dans l’espoir d’obtenir une bourse pour poursuivre mes études », confie Abakar Sidjim, ancien Conseiller de la Transition, aujourd’hui considéré comme un modèle pour de nombreux jeunes Tchadiens.
Son parcours commence de façon pragmatique après l’obtention du baccalauréat série D. Ses premières aspirations l’orientaient vers des études en gestion, comptabilité ou géographie. Cependant, faute de bourse pour étudier au Cameroun, il est retenu à l’Université de N’Djamena, en 1995, dans la filière des Sciences naturelles. Il en sort avec une maîtrise en 2000. Ce changement de cap, bien que non souhaité à l’origine, s’est confirmé comme un tournant décisif dans sa vie.
C’est au Sénégal, dans le cadre de son DEA en sciences de l’environnement, qu’il affermit son ambition académique. De retour au Tchad, il entame un stage dans un projet de la coopération suisse. Ce passage, initialement temporaire, deviendra le point de départ de toute une carrière. « Avec cette petite expérience, j’ai atterri à ACORD comme animateur, pour ensuite devenir Responsable de programme. Puis, j’ai rejoint la coopération Tchad-Union européenne avant de poursuivre à Inades-Formation », raconte-t-il avec satisfaction.
Ancien Conseiller de Transition, Abakar Sidjim reconnaît que sa carrière s’est construite au fil d’opportunités saisies, rendues possibles par son éthique du travail bien fait. « Au nom d’Inades-Formation, j’ai intégré la plateforme des ONG en tant que Secrétaire général, ce qui m’a conduit au Conseil National de Transition comme représentant des organisations de la société civile. Toute ma carrière repose sur des opportunités. »
Son petit frère, Garsouk Sidjim, ne tarit pas d’éloges à son sujet : « C’est la personne la plus intelligente de notre famille. Il fait preuve d’une grande tolérance et ne garde jamais de rancune. Réservé, il s’impose tout de même comme un leader dans le milieu associatif. Il est méthodique et passionné par le travail bien fait », dit-il.
Quant à sa fille, Manata Abakar Sidjim, elle le décrit comme un homme discret, mais exigeant. « Mon père est serein et doux. Il parle peu, mais ses mots sont toujours réfléchis. Généreux, dévoué à ceux qu’il aime, il est une source de lumière pour toute la famille. Il incarne un modèle paternel, protecteur et encourageant. »
L’un des aspects les plus marquants de sa carrière est sa conviction que l’efficacité commence à la base. En tant qu’animateur dans les zones rurales autour de N’Djamena, il a mené un travail de terrain considérable. Il a contribué à l’élaboration de plans de développement villageois dans les cantons d’Elfass, Mani, Kadada et Linia, ainsi qu’à des conventions locales visant à prévenir les conflits entre éleveurs et agriculteurs. « Nous avons passé parfois plus de 20 jours en brousse, à travailler sur ces conventions. Cela a forgé en moi la confiance en mes capacités, ainsi qu’une grande résilience », confie-t-il d’une voix posée.
Abdelkader Abderamane Koko, son ancien collègue au Conseil National de Transition et député, le qualifie d’homme calme et travailleur. « Discret et introverti, il excelle dans la médiation, conciliant avec finesse des points de vue divergents. Sa présence est apaisante et appréciée. » Le député de renchérir que « son expérience dans le développement, au Parlement et en politique fait de lui un atout précieux. Il est capable de réussir dans n’importe quelle mission. » Mais tout n’a pas été simple. « L’un des défis majeurs, c’est de toujours donner la priorité au travail, parfois au détriment des relations sociales », reconnaît Abakar Sidjim. Il souligne aussi la pression constante liée à la recherche de financements lorsqu’on dirige une organisation, ce qui laisse peu de place à l’innovation.
De simple stagiaire à animateur chez ACORD, puis Responsable de programme, Chargé de coopération Tchad-Union européenne, Directeur d’Inades-Formation, jusqu’à occuper un poste de représentation au Conseil National de Transition, le parcours de Abakar Sidjim témoigne d’une ascension méritée, nourrie par la persévérance, la compétence et la confiance qu’il inspire.
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