Militante des droits de femmes et femme politique, Amina Tidjani Yaya a mille vies de son parcours professionnel. Elle a transcendé les obstacles de la vie associative et politique avant de se positionner comme présidente d’une ONG et Conseillère nationale de transition au Tchad. Dans son salon à N’Djari, dans le 8ᵉ arrondissement de N’Djamena,  où elle nous a accueillis, celle qu’on appelle affectueusement Amina s’est ouverte dans un enthousiasme qui décrit tout son être.

Pour moi, le combat de défense des droits des femmes, c’est un combat personnel. Et je sais pourquoi je me suis engagée. Quel que soit le prix, je dois continuer à défendre les droits des femmes.

Engagée très tôt dans la société civile, Amina Tidjani Yaya est membre de plusieurs associations féminines. Native de Mourtcha dans la province de l’Ennedi ouest, elle a grandi à Abéché où elle a fait tout son cursus scolaire. Après le chef-lieu de la province du Ouaddaï, elle s’envola pour l’Égypte où elle s’est inscrite en Comptabilité des Affaires à l’Université d’Amsher. Elle est sortie nantie du diplôme de Master.

Après son retour des États-Unis où elle a été sélectionnée pour le programme de leadership féminin, Amina Tidjani Yaya a décidé de fonder en 2017 l’association La Voix de la Femme avant de l’ériger en 2019 en une ONG. « Lors de mon séjour aux États-Unis, on a eu à visiter des organisations féminines et autres. J’ai vu que là-bas les femmes militaient contre les violences faites aux femmes, pour la question de la scolarisation des jeunes filles, comment les maintenir à l’école… Ça m’a vraiment marquée », nous confie la jeune dame. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de fonder l’association La Voix de la Femme.

Mais le Tchad est un pays où les pesanteurs socioculturelles pèsent. Tout de suite, son projet a été jugé. « Je me suis rapproché de quelques connaissances pour leur partager le projet. Quelqu’un m’a dit « Amina, votre milieu là, c’est un milieu très compliqué et vous dites, vous défendez les droits des femmes ? Par exemple, on a les mariages précoces, l’excision, les hommes qui frappent les femmes. Comment votre communauté va vous voir avec ce projet ? » […] J’ai dit que je vais faire de mon mieux », se confie la Conseillère, sourire aux lèvres.

C’est pour la première fois qu’une femme de l’Afrique centrale occupe le poste de présidente.

Après l’avènement de la transition politique au Tchad en 2021, grâce à son militantisme dans la politique, Amina Tidjani Yaya a été désignée membre du Conseil national de transition, au titre des organisations féminines. Son militantisme va grandissant et au-delà du territoire national. Le 2 juillet 2022, elle est élue présidente du caucus des femmes du Parlement panafricain, un organe du Parlement panafricain qui réunit toutes les femmes parlementaires des 54 pays du continent, les pays membres de l’Union africaine. « Le caucus existe depuis 2008 et c’est pour la première fois qu’une femme de l’Afrique centrale occupe le poste de présidente. Je représente aussi l’Afrique centrale. C’est un honneur pour moi », se réjouit la parlementaire panafricaine.

La politique n’enlève en rien la vie de militante des droits de femmes d’Amina. Au contraire, elle a vu au sein du Conseil national de transition un cadre idéal pour défendre davantage les causes féminines. La Conseillère insiste souvent sur l’application des textes en faveur des droits des femmes. « Il reste beaucoup à faire malgré les décisions du gouvernement. On ne peut pas parler de développement dans un pays où les femmes représentent plus de 53 % de la population. On ne peut pas avoir un développement sans l’implication des femmes », alerte-t-elle.

Aujourd’hui, quand on lui pose la question de savoir quel est son plus grand succès, elle répond avec fierté : c’est la mise en place de l’ONG La Voix de la Femme, et le succès de voir l’engagement des femmes. « Pour moi, le combat de défense des droits des femmes, c’est un combat personnel. Et je connais pourquoi je me suis engagée. Quel que soit le prix, je dois continuer à défendre les droits des femmes », dit-elle.

Aguerrie dans la politique et dans le militantisme féminin, Amina Tidjani Yaya  a bravé les obstacles pour arriver au niveau où elle est actuellement. « Nous avons eu beaucoup d’obstacles et nous avons tout fait pour surmonter. Le milieu, la société et les pesanteurs socioculturelles qui pèsent aujourd’hui sur les femmes, tout ça, ce sont des obstacles », avoue-t-elle. Pour cela, elle conseille à ses sœurs de ne pas se décourager. « Il faut tout faire pour atteindre ses objectifs. Il faut toujours le courage, la patience pour arriver à un niveau », conseille-t-elle.

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