Établi sur les bords du fleuve Niger depuis 2011, Christian Koulnodji alias James Le Popo est un artiste musicien, conteur, promoteur culturel tchadien. Il fait vibrer avec une sensibilité unique les huit cordes de son “ Kidé ”, instrument de musique sacré du peuple Mbaye, son outil d’art fétiche.

Attiré par la musique   dès son plus jeune âge, Christian Koulnodji intègre une chorale en 1994 où il apprend le chant.  « Cela a permis à l’enfant que j’étais, d’évoluer dans le chant. Au fil du temps de mon parcours scolaire, j’ai su que la musique était ma voie, et depuis je n’ai cessé de la pratiquer », raconte-t-il.

Musicien aussi discret que prodige, Christian Koulnodji dit puiser son inspiration dans la tradition. « J’explore les rythmes Mbal, Bagnan, Ndo …  J’aime les mélanger et confronter à d’autres sonorités ou d’autres cultures pour en faire d’autres choses. Ce qui est bien, c’est que notre musique a la particularité de s’adapter aux autres styles. Alors, j’ajoute pas mal de rythmes ouest africains, un peu de pop et de reggae à la musique de chez nous », explique le chanteur.

En 2002, son baccalauréat en poche, Koulnodji se rend au village pour voir ses parents. C’est à la suite de sa rencontre avec son oncle paternel qu’il se fait initier au “ Kidé”. «  Mon oncle m’a transmis son savoir, car je passais beaucoup de temps à l’écouter et le regarder jouer au Kidé. Cet instrument me fascinait et j’ai eu envie d’apprendre. Le jour de mon retour à N’Djamena, mon oncle m’en a offert un. J’ai continué à m’exercer tout seul dans mes temps libres jusqu’à le maîtriser complètement », relate-t-il.

De la musique au conte

L’intérêt pour la musique rapproche progressivement Koulnodji du conte. «  J’ai toujours adoré lire. Enfant, j’étais un boulimique des histoires écrites (BD, contes…), pour cela, je fréquentais régulièrement la bibliothèque du Centre culturel français (actuel Institut français). Adolescent, en plus de la musique, j’ai commencé à m’intéresser au conte, mais je ne me voyais pas en faire une activité professionnelle », indique-t-il.

En  2003, son diplôme de technicien en production animale en poche obtenu à l’université de Ngaoundere, Christian Koulnodji décide de se perfectionner dans l’art du conte. « Au-delà de mes études universitaires, j’ai décidé de consacrer ma vie à la musique et au conte.  Le conte, c’est ma routine. J’adore raconter les histoires et je ne me lasse pas de le faire. Je me suis d’abord formé au ballet au Centre culturel français avant de me perfectionner dans le conte.  J’ai suivi une formation pour lire à haute voix et pour raconter », précise l’artiste.

 L’histoire de Christian Koulnodji avec le pays de Tchiani remonte à 2005 lorsque le jeune artiste avait représenté le Tchad dans la discipline conte et conteur aux jeux de la francophonie à Niamey.

Depuis 2011, date de son deuxième voyage au Niger, il s’est installé à Niamey où il tient, avec son épouse, un espace culturel qui propose des productions (concerts, spectacle de théâtre, comédie, conte…). L’espace fait aussi de la promotion de l’art culinaire tchadien.  «  À Niamey, j’essaye de promouvoir la culture tchadienne. Parallèlement, je fais aussi dans le domaine de prestation de service, de production et de diffusion artistique. En partenariat avec des organisations telles que le PAM, l’OIF et COOPI. J’initie également des projets de peinture, de danse, de musique, d’apprentissage des instruments de musique en faveur des réfugiés », informe Christian.

https://youtu.be/eXUXrP5DsyA

« Le goût du travail bien fait »

Pour Abgue Boukar Christophe, promoteur culturel et directeur du festival de reggae  Afro’On qui l’a côtoyé pendant des années, « James Le Popo est un artiste talentueux et l’un des rares conteurs tchadiens à porter haut la flamme du conte ». « C’est aussi un homme généreux qui a le goût du travail bien fait, et qui est prompte à aider et à partager.  À la fois théoricien et praticien avec sa cithare, il met en lumière les contes tchadiens, du terroir Sara et avec sa cithare et il le fait plutôt bien », ajoute son amie d’enfance Djimet Titi.

Avec deux albums à son actif : « Dingbé » et « Racine », l’artiste Koulnodji  souligne que l’un de ces combats est de pouvoir transmettre son savoir à la jeunesse. « Pour moi, la transmission est très importante. J’ai beaucoup de projet en faveur de la jeunesse, mais malheureusement, le manque de soutien est le plus grand obstacle. Au Niger, j’ai réussi à créer une entreprise, mais je n’ai pas réussi à mettre à la disposition de la jeunesse un espace adapté pour qu’elle s’exprime. Je voudrais monter un podium professionnel de 50 mètre carré avec tous les accessoires qui va  permettre aux jeunes artistes de s’exprimer », souligne-t-il.

Porté par une carrière établie sur l’authenticité, James Le Popo invite la nouvelle génération à croire en elle. « Croyez en vous toujours. Faites les choses avec le cœur, soyez vrais, et surtout, écoutez-vous. Avoir un talent est important, mais il faut le cultiver par la formation », recommande-t-il.

Et aux jeunes artistes qui veulent lui emboîter les pas, Christian Koulnodji  conseille :  « En Afrique et plus particulièrement au Tchad, la musique ne nourrit pas. C’est bien de faire la musique, mais si en parallèle, vous avez la possibilité d’étudier, d’avancer dans les études, n’hésitez pas. Je ne vis pas à 100 % de ma musique, mais grâce au business que je fais, je suis indépendant. Mon business me permet de me nourrir et de nourrir ma musique. J’organise et finance mes concerts grâce à ça, sans dépendre de qui que ce soit ».

Lire aussi Issa Dark : l’exportateur de la danse traditionnelle tchadienne

Shares:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *