Passion, détermination et résilience, sont les traits caractéristiques de Régine. Née le 1er janvier 1989 à Moundou, Dion-Ouma Lelmbaye Régine est consultante des organisations de base, surtout les organisations de femmes et coach en entrepreneuriat féminin.

Ingénieure de conception en Génie électrique, Dion-Ouma Lelmbaye Régine fait partie des femmes les plus influentes de Moundou, dans la province du Logone Occidental, par son brillant parcours en entrepreneuriat, mais aussi sa lutte pour l’émancipation de la femme. « Régine est une femme leader, entrepreneure qui motive et élève les autres autour d’elle. Elle a l’esprit d’équipe et très ouverte envers les autres. Régine fait preuve de détermination », renseigne Dédjem Antoinette, militante des droits des femmes qui côtoie la jeune dame.

 « Il y a rien dans ce monde qui peut empêcher une femme de réussir », c’est la maxime qui guide la femme de 35 ans. Cet hôtel au cœur de Moundou, la capitale économique du Tchad, est devenu  presque un lieu de travail pour Dion-Ouma Lembaye Régine, où nous la rencontrons pour la première fois. Nantie d’une Licence en Maintenance industrielle obtenue à l’Université de Mongo et d’un Master en Sciences de l’ingénierie, option Génie électrique, celle qu’on appelle affectueusement Régine est actuellement en année de thèse dans le domaine de l’électricité à l’Université de N’Djamena. « Je travaille sur les énergies renouvelables, principalement les panneaux solaires », précise-t-elle

Régine a contribué à la soudure du Pipeline Mangara-Badila du site pétrolier avant de démissionner pour travailler à World Vision en tant qu’Administratrice. « J’ai compris à la fin que le travail n’était pas pour moi ». C’est ainsi qu’elle démissionne encore pour se mettre à son propre compte. « Depuis lors, je travaille en tant que coordinatrice à la Maison d’Assistance aux Victimes des Violences Intimes (MAVI). (…) Ce que je fais beaucoup, je suis dans mes propres entreprises ». C’est de là que l’esprit entrepreneurial de Dion-Ouma Lelmbaye Régine prend l’envol.

Entre l’éducation, l’agriculture et l’hommage à son feu père

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », dixit Nelson Mandela. Fort de ce constat et pour garder la mémoire de son défunt père, Régine crée l’école Franco-anglais de Moundou. « Je l’ai créée parce que je voulais garder la mémoire de mon père qui a toujours été mon modèle. Je me suis dit, il faut que je crée une école au nom de ce monsieur qui m’a tout donné, mais qui est parti très tôt », dit-elle avec beaucoup d’émotions.

Son ambition ne va pas s’arrêter là. Elle a créé une ferme expérimentale « Christ Roi » afin de mieux orienter les producteurs sur les variétés adaptables dans la zone de production. « On expérimente l’ail, l’oignon, le gingembre, bref tout ce qui est rare chez nous ici qu’on importe en tant que légume. Quand ça réussi, on essaye d’étudier le comportement du sol pour dire aux paysans que sur tel sol, on peut produire tel », explique-t-elle.

Le projet de thèse sur les énergies renouvelables, principalement les panneaux solaires, a amené Lelmbaye à créer un cabinet d’expertise en maintenance qui fait dans l’accompagnement des entreprises surtout dans le domaine de l’électricité. « Je fais des petites choses à la fois et j’essaye d’apporter à l’édifice ma créativité dans le domaine de l’entrepreneuriat ».

Le combat pour les droits des femmes

Pour mener à bien son combat pour l’émancipation de la gent féminine, la femme de Moundou s’est engagée à écrire pour impacter son milieu. Elle a publié le livre « Combat de femmes », un roman qui met en lumière les défis que rencontrent les femmes dans leurs vies quotidiennes et dans leur lutte pour l’émancipation. « Le combat de femmes, parle de la lutte qu’elles ont dans leurs foyers, dans leurs milieux professionnels. Les combats qu’elles mènent dans le noir pour apporter à l’édifice leur créativité afin de contribuer au développement ».

Ce roman est le fruit des expériences personnelles de son auteure, mais aussi de son parcours dans les associations des droits de femmes. « J’ai dit, mais pourquoi ne pas mettre tout ce que j’ai comme acquis dans un livre pour permettre à celles qui vont venir de lire », se souvient-elle. Pour Régine, écrire est un moyen puissant de communication et d’expression. « Quand on écrit, c’est une façon de passer un message, même si on n’est pas là, on peut vivre. Écrire c’est la sensibilisation sur des enjeux importants. Le mieux, c’est de laisser une empreinte quelque part », dit-elle avec sourire aux lèvres.

Pour s’assurer que le message passe à travers les lignes des livres, Dion-Ouma Lelmbaye Régine organise régulièrement des soirées de livres pour permettre aux jeunes de s’inspirer des vies des gens, mais aussi avoir l’amour de la lecture. « Lire n’est plus une culture dans notre système éducatif. Nous sommes accrochés au téléphone, à internet, de manière que nous ne sommes pas en train d’initier les enfants à la lecture, alors qu’aujourd’hui, à travers la lecture, nous pouvons découvrir beaucoup de choses ».

« Il n’y a rien dans ce monde qui peut empêcher une femme de réussir »

Aujourd’hui, beaucoup parlent de la vulnérabilité des mères célibataires. Laissant son élan de solidarité affiché et voulant apporter un changement dans le monde, Régine octroie des crédits à taux zéro aux filles mères. « Ce crédit d’impact que nous donnons aux jeunes filles à taux zéro, c’est pour les aider à leur réinsertion socioéconomique », précise-t-elle.

Dans 10 ans, Régine se voit toujours en train de travailler pour le développement et la justice sociale. Mais surtout, elle veut voir son association s’élargir. « Je voudrais également voir MAVI devenir une grande organisation en Afrique qui lutte contre les VBG ». Un autre rêve, c’est de voir aussi son école devenir une université. « Si je ne suis pas là, dites à mes enfants de le faire », dit-elle entre un rire…

Régine s’inspire au quotidien des pensées et paroles positives qui égaient ses journées de travail et l’aident à continuer le travail. Une bonne scientifique, elle a pour citation favorite la citation « un problème sans solution, est un problème mal posé » d’Albert Einstein. « Dans mes recherches de solutions, si je n’ai pas de solution, je sais que le problème est mal posé et je reviens pour le poser autrement », dit fièrement Régine.

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