À seulement 28 ans, Ella Neloumngaye transforme les ordures ménagères en charbon écologique. Entre passion, engagement environnemental et détermination face aux obstacles, elle incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux au Tchad.

Alors que beaucoup de jeunes diplômés attendent une hypothétique intégration à la Fonction publique, Ella Neloumngaye, elle, a retroussé ses manches. Née le 18 août 1996 à N’Djamena, elle a fait le pari de l’écologie et de l’innovation verte dans un pays confronté à la déforestation et à la pauvreté énergétique.

Titulaire d’une licence en Économie appliquée obtenue à l’Université de N’Djamena, Ella refuse de se contenter d’un avenir incertain. Dès la fin de ses études, elle s’oriente vers des formations professionnelles pratiques comme le recyclage des déchets ménagers en charbon écologique, transformation de pneus en meubles et pots de fleurs.

Selon Ella Neloumngaye, son entreprise est créée pour répondre aux problèmes des déchets ménagers qui s’accumulent dans la ville de N’Djamena. « On collecte les déchets ménagers, on les sèche au soleil, on trie les matières plastiques, puis on les carbonise. Une fois carbonisés, on les écrase, on les mélange avec un liant spécifique, puis on passe au compactage des briquettes écologiques », explique-t-elle.

À travers son entreprise « Ella Ecologie » qui est bénéfique pour la population tchadienne, Ella produit un charbon non polluant, accessible, qui réduit la dépendance au bois et protège la santé des ménages, notamment des femmes exposées aux fumées toxiques. « Car elle contribue à la réduction du taux des déchets ménagers et à l’économie du ménage. Elle protège la ménagère et ne dégage pas de fumée et améliore la qualité de l’air. La ménagère peut cuisiner en plein salon », dit-elle.

Depuis qu’elle a découvert le charbon écologique fabriqué localement, Rita n’achète plus celui importé du Soudan. « J’utilise le charbon écologique dans mon salon pour brûler de l’encens, et même dans mon bureau. Je le trouve économique et surtout non polluant », témoigne-t-elle, satisfaite des produits d’Ella Neloumngaye. « Depuis que j’utilise le charbon d’Ella, je fais des économies et je n’ai plus de maux de tête causés par la fumée. En plus, il dure plus longtemps que le charbon traditionnel. C’est une vraie solution pour nous, surtout quand on a des enfants à la maison », renchérit-elle.

Mais le chemin vers l’entrepreneuriat n’a pas été pavé de roses. Sa famille, soucieuse de la voir poursuivre ses études supérieures, freine ses premiers pas. « Au début, mon entourage était sceptique. Mes parents insistaient pour que j’abandonne ce métier pour me consacrer aux études. Mon papa voulait que je poursuive un Master. Pour lui, ce travail n’avait pas d’avenir. C’est à travers mes progrès, les ateliers et forums auxquels je participe qu’ils ont compris l’importance de ce métier », confie-t-elle.

Contre vents et marées, Ella persévère. Aujourd’hui, ses efforts portent leurs fruits. Elle est lauréate de plusieurs prix, notamment : AWE 2025 (Academy for Women Entrepreneurs), Prix de l’entrepreneuriat féminin du PNUD 2023, présélectionnée au Grand Prix africain YAS 2025. Elle a participé également au Salon international de l’entrepreneuriat féminin, prévu du 8 au 9 août 2025 à Lomé, au Togo.

En plus de son activité de production, Ella s’illustre aussi dans la formation et l’accompagnement. « J’ai formé 20 personnes, dont 10 veuves, cinq filles mères et cinq diplômés sans emploi », précise-t-elle.

Son ambition ne s’arrête pas là. Accompagnée par son mentor, Foyahba Patallé, Ella rêve de créer une véritable usine de production de charbon écologique et de mobilier recyclé. « C’est une fille de vision. Malgré les obstacles, elle atteint ses objectifs. Elle a des projets de création d’une grande entreprise pour recruter les diplômés sans emploi », souligne fièrement son coach.

Ella Neloumngaye est ambitieuse. Dans un futur proche, elle veut voir son entreprise prospérer et être le pôle de recrutement par excellence : « j’ai plusieurs projets à réaliser, mais faute de moyens financiers, je n’arrive pas à les concrétiser. Je veux créer une grande entreprise de fabrication de charbons écologiques et recruter les diplômés sans emploi ».

Toutefois, l’accès au financement reste son principal frein. Aucun appui institutionnel ne lui a encore été accordé, ralentissant l’essor de ses projets.

Ella Neloumngaye est bien plus qu’une entrepreneure : elle est une source d’inspiration pour une jeunesse en quête de voie et d’impact. Portée par sa passion et sa résilience, elle prouve qu’un avenir plus vert et plus inclusif est possible, même à partir des déchets.

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