« Innocente Virginia Kemba est une femme intelligente et dévouée à sa carrière professionnelle. Je partage avec elle dix ans d’amitié, mais aussi trois ans en tant que collaboratrice. Je ne l’ai jamais vue faillir à sa mission », témoigne Mahamat Nour Adoum Sougoumi, Rédacteur en Chef à la Radio Nationale Tchadienne.

Innocente Virginia Kemba asseyait les derniers réglages de son journal avant d’entrer en studio avec un visage illuminé et sourire aux lèvres comme d’habitude. C’est avec beaucoup  d’émotion et de sincérité qu’elle a accepté de nous accorder son temps avant d’entrer en communion avec ses milliers d’auditeurs Tchadiens et d’ailleurs.

« Fidèle, humaine et battante », c’est avec ces trois mots que Mahamat Nour Adoum Sougoumi décrit sa collègue et amie. Celle qui a la voix suave, a poussé son premier cri le 13 avril 1987 à N’Djaména. Fille d’un cadre dans une Ambassade et d’une mère institutrice, Virginia a passé toute son enfance à N’Djamena entre les quartiers Amtoukouin, Kamnda et Chagoua. Journaliste, présentatrice et passionnée des médias, elle a fait ses premiers pas dans le métier en 2014 à la Radiodiffusion Nationale Tchadienne.

Très jeune, Virginia était influencée par ses aînés de la Télé Tchad, notamment Achta Saleh Damane qui a déclenché son rêve de faire carrière dans le journalisme. « On avait un poste téléviseur en blanc sur noir à la maison. Mon papa suivait le journal de la Télé Tchad et je passais le temps avec lui. Je voyais Achta Saleh Damane, je taquinais mon papa en disant que je vais faire comme cette dame-là ! », se souvient-elle.

Mais le chemin vers ce rêve d’être journaliste, n’était pas du tout un fleuve tranquille. Après l’obtention de son baccalauréat série G1 en 2006 au Lycée Technique Commercial de N’Djamena, la suite de l’aventure ne fut pas parsemée de roses. Avec un père au chômage suite à un handicap causé par un accident, outre, un salaire dérisoire d’institutrice de sa mère, ce n’était plus évident que Virginia poursuive ses études supérieures de journalisme à l’étranger, sachant que sa mère est devenue la charnière du foyer.

Le fruit d’institution de formation nationale

« Grace à Dieu, il y avait l’institut HEC Tchad à l’époque, la seule qui avait la filière communication des entreprises. Or moi, je voulais faire du journalisme. Je me disais, n’est-ce pas à défaut du cheval, on monte l’âne ? Heureusement, on avait une matière en journalisme », dit-elle. C’est ainsi que Virginia a eu la chance d’avoir Abdoulaye Gata Nder, Abdoulaye Ngardiguina, Abdelnasser Garboa comme enseignants et bien d’autres journalistes qui faisaient leur preuve. « Ils m’ont encadré et j’ai beaucoup appris d’eux », reconnaît-elle.

Après l’obtention de son BTS en communication, Innocente Virginia Kemba a fait une licence en Marketing au sein de HEC Tchad. Entre temps, sa maman payait difficilement les frais de scolarité, heureusement qu’elle s’est fait remarquer par le fondateur de l’institut, Ali Abderaman Haggar pour son abnégation. « Dr Ali a pris ma carte, il a cacheté du début jusqu’à la fin et il m’a dit ça, c’est ma contribution. C’est ainsi que j’ai pu achever mon cursus ». Après sa licence en Marketing à l’institut HEC Tchad, la jeune dame faufile entre stages et boulots d’assistante d’administration au service commercial d’une banque de la place, en passant par la casquette de réceptionniste dans un hôtel, avant que la maternité ne la rappelle.

En 2012, l’Office National de Radio et Télévision (ONRTV), actuel ONAMA, lance un concours pour recruter les journalistes. Virginia se soumet au test, mais il a fallu deux années d’attentes pour qu’enfin, elle soit retenue. « À l’époque, on a composé le même concours avec Sougoumi, on ne se connaissait pas. C’est en 2014 qu’on nous a rappelés. J’ai pu faire le premier pas en journalisme en 2014 après une phase d’essai d’un mois. J’ai commencé timidement et je suis là depuis 10 ans », lâche-t-elle avec un sourire

Le journalisme, une passion retrouvée

Son ami et collègue, le Rédacteur en Chef de la RNT témoigne de ce moment : « J’ai rencontré IVK à l’issue du concours de recrutement organisé par l’ONRTV. Nous avons participé à ce concours et nous avons été retenus sauf que nous étions dans la liste d’attente de 2013 à 2014. Et c’est en mai 2014 qu’on a fait appel à nous. C’est ce jour (28 mai) que je l’ai rencontrée et c’est parti. Ça fait dix ans aujourd’hui ».

Oui, 10 ans aujourd’hui que Mahamat Nour et Virginia cheminent ensemble comme collègues et amis dans le domaine du journalisme. Mais pour Mahamat Nour, c’est au-delà. « Nous ne sommes pas que collègues et amis, mais nous sommes devenus une famille parce que nos deux familles se connaissent ».

Aujourd’hui, Virginia totalise 10 ans d’expérience en journalisme à la RNT où elle est passée de reporter, réalisatrice à présentatrice et rédactrice en cheffe adjointe. Pour elle, le journalisme est une passion, un rêve d’enfance. « Je suis comme ça, quand je veux faire quelque chose que j’aime, je me donne et je le fais. Je mets devant l’humilité parce qu’on ne peut pas tout connaître. J’ai appris et je continue à apprendre, je n’ai pas de limite ».

Parmi ceux qui ont contribué à l’ascension de Virginia, figure Saint-Yves Deuzabet puisque Virginia, dans sa quête de connaissance et d’expérience, fait souvent recours à l’émission Radio Weekend. « Saint Yves, c’est l’un des aînés qui s’est occupé de nous avec mon binôme. Il m’a proposé de venir l’aider au studio et je me suis jeté à l’eau. Le premier direct, c’était une heure au studio. J’étais sortie tout de suite, il a commencé à recevoir des appels de félicitations. Du coup, j’ai continué avec l’émission et il m’a passé la main de présenter toute seule », reconnaît Virginia. Chemin faisant, avec l’aide de Saint-Yves et autres, elle a présenté le journal pour la première fois en 2016.

La quête de la perfection

À la question de savoir quel est son plus grand succès, Virginia ne veut pas parler en termes de succès. Pour elle, on ne finit pas d’apprendre, elle n’est pas satisfaite de tout ce qu’elle fait, c’est un défi. « Je fais ce que je peux, j’essaie de m’améliorer au mieux et je laisse libre cours. Je dirais plutôt que j’ai beaucoup appris en 10 ans. J’ai eu la chance de faire toutes les éditions de la radio nationale, les reportages et autres ».

Après une décennie de dévouement au journalisme, IVK ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Animée par la passion et l’humilité, elle continue d’apprendre, de s’améliorer et de faire vibrer les ondes avec sa voix chaleureuse. Pour elle, la véritable réussite ne se mesure pas en distinctions, mais dans sa capacité à offrir une vie meilleure à celle qui l’a toujours soutenue : sa mère.

Shares:
5 Comments
  • Honoré Nguemadji
    Honoré Nguemadji
    mars 14, 2025 at 6:45 pm

    Un très beau portrait. Elle mérite vraiment ce témoignage. Je crois qu’elle pourra inspirer à son tour d’autres générations féminines. Bon vent à toi. IVK

    Reply
  • BAWEYE GUEDNA
    BAWEYE GUEDNA
    mars 15, 2025 at 1:38 pm

    Je suis ravi de toi et de ce que tu es aujourd’hui. Je me rappelle quand tu nous tenait trop proche dans la classe de 4è et3è. Fierté pour la femme nangjere.

    Reply
  • Teunelilba Pazeu
    Teunelilba Pazeu
    mars 15, 2025 at 7:14 pm

    Courage et que le Bon Dieu continue toujours à lui des forces pour ses projets avenirs ! Bon vent à IVK. Nous fûmes condisciples en classe de 3e au collège Miankara de kamnda de Ndjamena en 2003.

    Reply
  • BORSAÏN RIMBARNGAYE
    BORSAÏN RIMBARNGAYE
    mars 16, 2025 at 3:13 pm

    « On est sublime, quand on a le courage de lutter pour ce qu’on aime ». Par sa détermination, grande IVK a obtenu ce qu’elle a aimé. Dès son arrivée à la RNT, elle m’avait impressionné par ses reportages ensuite par la présentation du journal. Entre temps où je suivais fréquemment la RNT, je souhaite que ce soit elle qui présente le journal à chaque à fois. Je témoigne qu’elle a une voix chaleureuse qui donne le goût de suivre toutes ses interventions à la RNT. Je ne peux terminer mon commentaire sans mentionner maman MOTA BLANDINE car elles étaient les deux à m’impressionner. Que le Seigneur leur donne la force pour réaliser leurs vœux.

    Reply
  • Ramadane Nargaye succès
    Ramadane Nargaye succès
    mars 16, 2025 at 6:23 pm

    C’est exceptionnel tantine
    L’apprentissage est un voyage sans fin ; chaque étape franchie ouvre des nouvelles perspectives.

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *