Elle incarne la détermination, la passion et le leadership sous plusieurs facettes. Athlète dans l’âme, Khadidja Brahim Gabdou a nourri depuis son plus jeune âge une passion profonde pour le football, un sport souvent dominé par les hommes au Tchad. Amoureuse du ballon rond, elle a commencé d’abord sur la piste d’athlétisme, avant de devenir Présidente du Conseil de Direction du Gazelle FC, bravant les stéréotypes et les obstacles culturels.
Le parcours de celle qui est la première femme à occuper un poste de présidente d’un club de première division masculin, débute en 1976. « Lorsque j’étais petite, mon père m’avait dit de venir avec lui au stade. Ce jour-là, c’était le match de choc entre Gazelle et Renaissance. Malheureusement Gazelle qui avait autant de possession et d’occasion a perdu le match. De retour à la maison, j’ai pleuré jusqu’à mon grand-père me demandait ce qui n’allait pas. Je lui avais répondu que j’ai regardé un match de football au stade, les Blancs-Noirs qui ont bien joué ont perdu la rencontre au détriment des Rouges et Verts et pour moi, c’est injuste. Depuis ce jour, j’ai décidé de suivre ce club », se souvient-elle. Malgré le contexte difficile dans lequel le football tchadien évolue, elle ne lâche rien.
Elle est engagée derrière le club avec tout ce qu’elle possède.
À l’issue d’une Assemblée générale tenue le 25 août 2024, c’est-à-dire 48 ans après, elle est élue Présidente du Conseil de Direction dudit club. Cette élection est le fruit d’une détermination sans faille. Ahmed Abdoulaye Ogoum, supporter de Gazelle FC et membre du bureau exécutif, voyait cet engagement en elle dès son bas âge. « Khadjidja, c’est depuis son enfance qu’on la voit courir derrière les joueurs du club. Elle transporte leurs équipements, elle leur apportait de l’eau à boire et vous la verrez toujours au terrain. Elle est engagée derrière le club avec tout ce qu’elle possède. C’est ainsi que dans les années 1986, avant d’aller en France, elle a été désignée présidente du Club et les joueurs faisaient des veillées chez elle pour préparer les matchs du championnat. Même étant en France, c’est elle qui envoyait les ballons et les équipements sportifs pour le club. À son retour au pays, le club traversait une crise et lorsqu’on a fait appel à elle, elle a accepté de gérer cette période transitoire avec ses propres moyens, évitant de justesse la chute du club à la deuxième division ».
Relancer le football féminin
Sous sa direction, le club entend promouvoir le sport chez les jeunes, en particulier chez les jeunes filles, pour briser les barrières et offrir des opportunités dans un domaine encore largement dominé par les hommes. « Je suis élue pour trois ans et j’ai tant de projets pour le football, notamment la promotion du football féminin. Je ne vais pas seulement rester dans mon club avec mes projets. Je vais aussi donner de coup de main à la ligue et à la Fédération, car je suis quelqu’un de terrain », a-t-elle lancé.
Nous sommes prêts à accompagner cette brave dame dans sa vision pour le développement du football et souhaitons la voir un jour à la tête de la Fédération Tchadienne de Football Association.
Ahmed Abdoulaye Ogoum, 56 ans, supporter dès l’âge de 16 ans, ne tarit pas d’éloges à Mme Sahoulba : « quelques mois déjà, on voit le conseil de direction dirigé par cette femme au pied du mur avec tant de défis particulièrement la promotion du football féminin et la réorganisation du club en différentes catégories (de U15 à U21 puis l’équipe senior). Au niveau du Bureau, nous sommes prêts à accompagner cette brave dame dans sa vision pour le développement du football et souhaitons la voir un jour à la tête de la Fédération Tchadienne de Football Association si l’occasion se présente ».

Un long parcours rigoureux
L’histoire de Mme Sahoulba née Khadidja Brahim Gabdou est celle d’une femme au parcours exceptionnel, traversant les frontières et les cultures pour se dévouer aux autres avant de se consacrer au service de son pays natal. Née le 22 février 1969 à Doba au sud du Tchad, dans une famille modeste, elle a grandi dans un environnement dans lequel l’éducation était une priorité sans condition, pour toutes les filles et garçons. Après ses débuts d’études primaires à Goré, Kadjidja a passé son adolescence avec son grand-père, militaire de formation, à l’ancien Fort-Lamy. « J’ai été un enfant gâté, comme tout enfant ayant pour tuteur un grand-père, mais soumis à des instructions militaires sévères, parce que chez les militaires, c’est carré », se souvient-elle.
Ses études primaires et secondaires au sud du pays et à N’Djamena ont été sanctionnées par un Bac G1, puis un diplôme en administration à l’Université du Tchad à l’époque. Elle a travaillé dans quelques institutions et ONG nationales. « Je ne suis pas trop intéressée par le fait de rester au bureau devant les ordinateurs. J’aime être sur le terrain Quel que soit le contexte », souligne la mère de quatre enfants. Très tôt, elle a montré un intérêt marqué pour le service aux autres, une passion qui allait aussi guider toute sa carrière.
De l’avis de sa petite sœur, Amina Brahim Gabdou, Khadidja veut toujours aller au-delà de l’ordinaire. « Ma grande sœur est une femme battante, je l’appelle aussi demi-garçon. Depuis son bas âge, elle veut toujours créer l’impossible. Mais c’est une femme qui vit pour les autres malgré les difficultés et cela fait sa fierté, car vivre en communauté et dans le respect de la vie humaine est aussi une valeur innée chez le GABDOU. Son point fort est qu’elle est directe et n’aime pas l’hypocrisie », témoigne-t-elle. Pour beaucoup de personnes, Khadidja Brahim, d’un teint clair, et souvent discrète, est une femme brave et sociable ; tandis que les autres pensent qu’elle est une femme dure et rigoureuse.
Une partie de sa vie consacrée aux personnes de 3ᵉ âge
En quête des nouvelles opportunités et poussée par des raisons sanitaires, Mme Sahoulba est partie s’installer en France, pour une carrière dans le secteur des soins dialectiques. Là-bas, tout a commencé avec une formation dans le secteur des soins de santé, notamment le soin palliatif, intégrant le domaine du service aux personnes âgées. C’est après sa certification, qu’elle a travaillé dans différents établissements sanitaires, allant des maisons de retraite aux services de soins à domicile. Cette expérience l’a poussée vers les défis des systèmes de santé, à la vulnérabilité des personnes âgées, mais aussi à la nécessité de la solidarité intergénérationnelle. Pendant quelques années en France, elle a travaillé dans ce domaine avec dévouement, apportant non seulement des soins médicaux, mais aussi une attention humaine à des personnes en fin de vie. « Je n’ai pas pu m’occuper de mes grands-parents comme je le voulais et ils sont partis de ce monde. En m’occupant de ces personnes de 3ᵉ âge, je me sens soulagée », témoigne celle qui a été frappée par le Cancer, mais qui a eu une prise en charge réussie en France.
Sa plus grande fierté a été la victoire remportée sur le cancer, mais son engagement ne s’arrête pas à ses tâches professionnelles. Elle a su se distinguer par sa capacité à tisser des liens de confiance avec les familles, à accompagner non seulement les personnes âgées dans leurs derniers moments, mais aussi leurs proches dans cette transition difficile.
Elle est le prototype même de la solidarité tchadienne.
Une mission qui lui a permis de développer des qualités humaines hors du commun : l’écoute, la patience, et surtout une profonde empathie. « Khadija, je dirai qu’elle est le prototype même de la solidarité tchadienne. Car depuis son enfance, elle a un cœur bien large en se mettant aux côtés de n’importe qui se trouvant dans n’importe quelle situation. Si tu es dans la tristesse, elle compatit avec toi sans hésiter et si tu es dans la joie, elle se joint à toi aussi autant. Ce qui m’a plus marqué, c’était lorsque j’ai perdu mon mari, ma belle-famille m’a tout arraché. Mais Khadidja s’est mise devant, avec la plus grande diplomatie possible, pour permettre d’entrer dans mes droits », raconte sa cousine Santa Ndem Ngoidi. Sa sœur cadette Amina de renchérir « qu’en France, elle est considérée comme la mère de tous les Tchadiens, surtout les passants et/ou les résidents de Bordeaux ».

