Figure incontournable du paysage culturel tchadien, Nguinambaye Ndoa Manassé est un promoteur et activiste culturel au parcours atypique. Avec plus de 30 ans d’engagement artistique, il est le fondateur du festival NdjamVi, un rendez-vous culturel désormais immanquable à N’Djamena.

Originaire du Logone Occidental, Manassé se distingue dès l’école primaire par une créativité débordante. « Je suis un autodidacte. Je ne suis pas allé à l’école des arts, mais je suis né artiste. J’ai commencé le théâtre en classe de CE1, puis, instinctivement, je me suis mis à la sculpture », confie-t-il.

C’est en classe de 3ᵉ qu’il comprend que l’art pourrait devenir un véritable métier. Mais les circonstances de la vie vont bousculer son parcours. Après les événements de 1979, sa famille se réfugie à Bebalem, son village natal. Il poursuit ses études jusqu’en 5e, avant de retourner seul à N’Djamena. « Mon père, traumatisé par la guerre, est resté au village pour se consacrer au ministère pastoral. À la capitale, je me débrouillais avec peu. Le peu d’argent que mon père m’envoyait ne suffisait pas. »

Fatigué de dépendre des autres, Manassé abandonne ses études et se lance à plein temps dans l’art. « Je me suis remis à la peinture et à la sculpture. J’étais parmi les premiers à réaliser des cachets en arabe, sans même savoir lire ou écrire la langue. Il suffisait qu’on me donne une bonne calligraphie, et je faisais le travail », dit-il fièrement.

La naissance de NdjamVi

L’année 2007 marque un tournant décisif dans la carrière de Manassé. Il organise l’évènement NdjamVi qui le propulse totalement au sein de la scène culturelle tchadienne. Alors qu’il est brièvement directeur de la Maison de la culture Baba Moustapha, un événement va changer le cours de sa carrière : « Je n’ai pas duré à ce poste. On m’a écarté parce que je refusais de cautionner certaines pratiques. »

Ne pouvant rester inactif, il lance avec des amis un festival né d’un débat sous un Boukarou de l’Institut Français  du Tchad. D’abord baptisé « Festival d’Assainissement Populaire NdjamVi », l’événement devient simplement NdjamVi, un nom chargé de symboles. « À l’époque, le nom du Tchad à l’international n’était associé qu’à la guerre ou à la rébellion. Nous voulions montrer une autre image, celle d’une jeunesse créative, dynamique, pleine d’espoir », se justifie-t-il.

Aujourd’hui, à sa 17ᵉ édition, NdjamVi a accueilli plus de 800 groupes de musique et formé près de 700 000 jeunes dans différents domaines artistiques et techniques (chant, son, lumière, audiovisuel…). « Certains jeunes que nous avons formés travaillent aujourd’hui à l’ONAMA. Nous avons aussi soutenu l’émergence de PME culturelles, remis plus de 50 distinctions et permis à trois artistes lauréats de produire leurs albums », affirme fièrement Manassé.

Le chemin n’a pas été facile. Les difficultés financières ont jalonné l’aventure. « Le ministère de la Culture ne voulait pas nous aider au départ. Mais nous avions la vision et la détermination. » Heureusement, des soutiens clés ont permis de maintenir le cap. « Le Premier ministre d’alors, Kassiré Koumakoye, a cru en nous. Puis l’Institut Français est devenu un partenaire durable », reconnaît-il. NdjamVi fonctionne encore aujourd’hui avec moins de 30 % du budget nécessaire, grâce à une équipe « soudée et compétente » et à une gestion transparente.

Pour Marius, animateur culturel, Manassé est « un homme positif qui se donne les moyens de son ambition ». La chanteuse Matibeye Geneviève le décrit comme « un grand frère, un mentor, toujours à l’écoute et prêt à aider ».

Fervent défenseur de la professionnalisation du secteur culturel, Nguinambaye Ndoa Manassé milite pour un véritable cadre juridique et institutionnel. « Dieu merci, une politique culturelle a été adoptée en 2022, mais nous attendons toujours le décret d’application. Il est essentiel que l’État cesse de politiser son soutien à la culture. Il faut également créer un statut pour les artistes, afin qu’ils puissent vivre dignement de leur art. »

En guise de message aux artistes, le promoteur culturel de dire : « Je les encourage à se remettre en question, à viser l’excellence et à continuer de travailler. C’est ainsi que nous porterons plus haut l’identité culturelle tchadienne. »

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