Ligue Tchadienne - Le Portrait TD https://www.leportrait.td La référence des profils tchadiens Fri, 09 May 2025 10:16:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://www.leportrait.td/wp-content/uploads/2024/06/cropped-FORMAT-CARRE-2-32x32.jpg Ligue Tchadienne - Le Portrait TD https://www.leportrait.td 32 32 Épiphanie Dionrang : une vie pour la défense des droits des femmes https://www.leportrait.td/epiphanie-dionrang-une-vie-pour-la-defense-des-droits-des-femmes/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=epiphanie-dionrang-une-vie-pour-la-defense-des-droits-des-femmes https://www.leportrait.td/epiphanie-dionrang-une-vie-pour-la-defense-des-droits-des-femmes/#respond Mon, 12 Aug 2024 18:01:20 +0000 https://www.leportrait.td/?p=7987 Tout se concrétise en 2021 lorsque les viols, les féminicides, violences conjugales et bien d’autres maux ont poussé Épiphanie Dionrang à sortir du silence. Cette année-là, précisément en novembre, elle crée une organisation pour faire de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes son combat. Il s’agit de la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes (LTDF), un réseau de jeunes féministes. Épiphanie Dionrang, cette inspirante jeune dame, la trentaine au teint ébène, a un parcours qui force l’admiration dans le militantisme au Tchad. Pour se lancer, elle fonde Inhaz, une plateforme pour lancer les alertes sur la question des violences faites aux femmes. Elle devient ensuite Coordinatrice Pays du Réseau des jeunes féministes de l’Afrique centrale et membre de ‘’Elles du Sahel’’. Mais avant cela, elle fait recours aux mots et embrasse le Slam pour s’exprimer. Et ce, afin de combattre les maux qui minent l’épanouissement de la femme. « Le Slam, c’est un exécutoire pour moi. Ça me permet de m’évader, ça me permet de me mettre dans la peau des autres, porter la voix des sans voix », dit-elle. Dès son retour au Tchad en 2016, elle se lance réellement dans le Slam en …

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Tout se concrétise en 2021 lorsque les viols, les féminicides, violences conjugales et bien d’autres maux ont poussé Épiphanie Dionrang à sortir du silence. Cette année-là, précisément en novembre, elle crée une organisation pour faire de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes son combat. Il s’agit de la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes (LTDF), un réseau de jeunes féministes.

Épiphanie Dionrang, cette inspirante jeune dame, la trentaine au teint ébène, a un parcours qui force l’admiration dans le militantisme au Tchad. Pour se lancer, elle fonde Inhaz, une plateforme pour lancer les alertes sur la question des violences faites aux femmes. Elle devient ensuite Coordinatrice Pays du Réseau des jeunes féministes de l’Afrique centrale et membre de ‘’Elles du Sahel’’.

Mais avant cela, elle fait recours aux mots et embrasse le Slam pour s’exprimer. Et ce, afin de combattre les maux qui minent l’épanouissement de la femme. « Le Slam, c’est un exécutoire pour moi. Ça me permet de m’évader, ça me permet de me mettre dans la peau des autres, porter la voix des sans voix », dit-elle. Dès son retour au Tchad en 2016, elle se lance réellement dans le Slam en participant au festival « Ndjam s’enflamme en Slam ». C’est à ce moment que l’ancienne passionnée du métier d’avocat, la titulaire d’une Licence en Communication et d’un Master en Gestion de Projet, Épiphanie Dionrang, voit son rêve prendre un autre chemin.

Très tôt, lorsque son combat prend véritablement corps en novembre 2020 avec la mise sur pied de la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes, Épiphanie se voit déjà face à plusieurs péripéties dans une société où l’éducation qu’on donne à la petite fille diffère de celle donnée au petit garçon. Mais point de recul pour la jeune battante.

« Nous avons de très beaux textes au Tchad, mais l’applicabilité reste un véritable problème. Les femmes sont reléguées au second rang parce qu’à chaque fois, on dit Mara sakit. La femme n’est pas considérée dans la société, mais tout ça fait partie des défis à relever en tant que jeune fille ou femme dans la société », dit-elle fièrement.

Dans un environnement dans lequel les pesanteurs socioculturelles sont un obstacle à la condamnation des bourreaux, la Ligue se retrouve souvent confrontée à des situations auxquelles la victime refuse de dénoncer le/les coupable(s). « Même dans les familles, en cas de viol, les parents ne veulent pas en parler parce que quand tu en parles, tu exposes ta famille. C’est l’honneur ou la dignité de la famille qui est bafouée donc il faut régler ça à l’amiable. La deuxième chose est que même quand elles dénoncent, la justice ne fait pas son travail, donc c’est fatigant », s’indigne Épiphanie.

Et c’est aussi ça, les objectifs à atteindre pour Épiphanie Dionrang et son organisation. Et ce, en sensibilisant les jeunes femmes à « sortir de leur zone de confort » et briser le silence autour de tout ce qui les dérange, mais aussi en organisant des plaidoyers pour amener les décideurs à vulgariser les textes qui protègent les femmes et punir les bourreaux en cas de crime ou de viol.

On était d’accord, mais après, elle a changé. Elle a pris autre chose.

Dans une société fortement patriarcale, la jeune dame se tourne vers la défense des droits des femmes pour leur donner une voix. Et ce, avec l’inconditionnel soutien de sa famille. « Elle a décidé de suivre son rêve de devenir avocate. On était d’accord, mais après, elle a changé. Elle a pris autre chose. Si elle s’est engagée dans quelque chose pour défendre ses parents ainsi que ses sœurs, je ne vois pas le problème », déclare M. Dionrang, le père de la militante.

Aujourd’hui, Épiphanie reconnaît la grâce de ses parents dans sa réussite. « À partir de 18 ans, j’ai eu à faire mes propres choix, j’ai pris des décisions et les parents ont eu à m’encourager donc c’est une grâce pour moi d’avoir des parents compréhensifs qui m’ont épaulée et m’ont donné l’éducation qu’il faut et je pense que tout ce que je suis en train de faire aujourd’hui, c’est dû à l’éducation que j’ai reçue », appuie-t-elle.

Épiphanie Dionrang, à travers sa lutte pour l’émancipation et les droits des femmes, est vue comme un modèle par certaines. « C’est mon modèle féminin, j’ai l’habitude de dire ça. Elle a donné une image d’une femme leader et c’est ce qui nous a inspirés. Moi, j’ai bénéficié de beaucoup de choses venant d’elle. Les formations, que ça soit dans le domaine des Violences Basées sur le Genre (VBG) ou du développement personnel, elle m’a toujours épaulée », reconnait Rannenda Gonga Union, membre de la Ligue.

Avec la lutte que mène Épiphanie Dionrang, les donnes sur les violences au Tchad ont un peu changé. En 2021, pour la première fois, une marche pour dire stop aux violences faites aux femmes et l’impunité des auteurs a été accordée. Cette marche a réuni des centaines de femmes sorties pour crier leur ras-le-bol. Aujourd’hui, la Ligue dispose d’un numéro vert pour que les victimes puissent appeler et demander de l’aide.

Je m’assume en tant que féministe. Tout ce que je fais, c’est pour une bonne cause.

Mais malgré la noblesse de son combat, Épiphanie, féministe dans l’âme, n’est pas vue d’un bon œil par certains hommes. « Tout ce que je fais, ce n’est pas pour avoir une validation des hommes. Je fais ça parce que c’est une cause noble. Après, les préjugés, il y en a, il y en aura toujours. Je m’assume en tant que féministe. Tout ce que je fais, c’est pour une bonne cause. Je ne peux pas contrôler tout ce que les hommes pensent de moi », confie-t-elle.

Aujourd’hui, la plus grande réussite de la jeune femme est de voir ses sœurs sortir du cocon patriarcal et partager leurs maux. « On a un Gouvernement qui ne nous avantage même pas, mais il y a une prise de conscience sur le plan communautaire. Beaucoup de jeunes arrivent à la Ligue pour pouvoir dénoncer les cas de viol. Ça, c’est une fierté pour moi parce que, jadis, les gens avaient peur d’en parler, c’était tabou. Donc c’est des réussites qui me font croire qu’il faut continuer et avancer sur cette lancée ».

Aux femmes, Épiphanie Dionrang conseille : « Vous avez le pouvoir de tout transformer, rien n’est impossible et comme notre slogan le dit, pour qu’elles ne soient pas seules, nous existons en tant que Ligue des Droits des Femmes ».

Lire aussi Amina Tidjani Yaya : les droits des femmes, « un combat personnel »

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