Dans une société où le handicap est souvent perçu comme une faiblesse, une femme impose une autre réalité : celle d’une femme déterminée, dont la plume devient un outil d’expression, de résilience et de transformation. Privée peu à peu de la parole, Sadia Ahmat Affono a choisi de faire des mots son refuge et sa voix. À travers son parcours marqué par la résilience, cette jeune journaliste et critique litteraire tchadienne prouve que la détermination peut transcender toutes les limites.

Sadia Ahmat Affono est une juriste passionnée par le journalisme, qui se décrit avec tendresse comme une « mariée à la lecture, fiancée à l’écriture, amoureuse de la poésie et amante de la romance ». Son amour pour les mots lui vient de son père, un grand lecteur. « J’ai toujours eu un amour incommensurable pour les belles lettres. Je lisais énormément, mais cela ne suffisait pas : il fallait que j’écrive », se souvient-elle.

La vie de Sadia a pris un tournant lorsque le trouble auditif a commencé à affecter son quotidien. Parler devenait difficile, mais l’écriture est devenue son échappatoire. « Ce que je ne pouvais pas exprimer à voix haute, je le couchais sur le papier. C’est ainsi que j’ai trouvé ma voie : celle qui donne de l’écho à ma voix. » Cette force silencieuse impressionne Halimé Moussa Fanami, amie de Sadia. « Malgré son handicap, elle n’a jamais réclamé de place, elle s’est imposée naturellement, par son talent et sa détermination », reconnait Halimé Moussa Fanami.

Bien qu’elle n’ait pas eu de mentor traditionnel, Sadia s’inspire du parcours de Virginie Delalande, la première avocate sourde en France. Son succès face à l’adversité lui rappelle que « tout devient possible quand la volonté ne faiblit pas ». Saïba Ngousmon admire également la générosité de Sadia, la décrivant comme une « véritable générosité d’âme ».

« Ce sont les mots qui m’ont choisie »

Saïba Ngousmon souligne la tendance de la société à réduire une personne à ses limitations, mais elle souhaite que Sadia trouve des solutions, tant physiques qu’émotionnelles, pour se réconcilier avec elle-même et avec son corps, afin de laisser s’exprimer tout son potentiel.

Et pour cela, Sadia Ahmat Affono n’a pas failli. Secrétaire de rédaction à Le N’Djam Post, elle réalise son rêve d’écrire et de toucher les cœurs. Pour Sadia, le journalisme n’est pas un choix, mais une vocation. « Ce sont les mots qui m’ont choisie. Ce que j’aime dans ce métier, c’est leur puissance. » Pour elle, chaque mot a le pouvoir de transformer.

Sadia se distingue par son authenticité et sa franchise. Halimé Moussa Fanami la décrit comme une âme authentique, vraie, sans filtres. « Elle a cette énergie lumineuse qui illumine une pièce sans même qu’elle ne le réalise », témoigne Halimé.

Sadia refuse de voir son handicap comme un frein. « J’écris avec mon cœur, pas avec mes oreilles », dit-elle, illustrant ainsi sa résilience. Son premier article reste son expérience la plus marquante, un moment de découverte et de succès qui a renforcé sa passion pour le journalisme.

Pour elle, le véritable handicap est moral : « Le vrai handicap, c’est celui de l’esprit. » Inspirée par Stephen Hawking, elle vit selon la maxime : « Le handicap ne peut pas être un handicap. » Cette philosophie l’aide à surmonter les défis quotidiens et à inspirer les autres.

Sadia est particulièrement fière de son concours d’écriture, un projet qu’elle a lancé malgré des obstacles financiers. Offrir une plateforme aux jeunes écrivains lui procure une immense satisfaction. Elle encourage les jeunes filles en situation de handicap à persévérer. « Aucune limite n’existe pour celle qui est passionnée et déterminée. Faites de vos différences une force, célébrez chaque petite victoire et avancez pas à pas vers vos rêves. Et surtout, placez Dieu au centre de vos projets : c’est là que réside la vraie force », dit-elle.

En tant que journaliste et critique littéraire, Sadia apporte une valeur unique à la littérature tchadienne. Halimé Moussa Fanami note que certaines personnes trouvent ses critiques trop dure, trop brute, mais elle insiste sur la profondeur de la vision de Sadia. « Si nous regardons ses critiques avec ouverture, elles peuvent devenir un souffle nouveau pour la littérature tchadienne. Nous avons écrit beaucoup, mais il est temps d’écrire mieux […] la littérature tchadienne mérite l’excellence », dit-elle.

Sadia a des objectifs ambitieux : mémoriser le Saint Coran, visiter la ville sainte, voyager pour ses soins médicaux dans l’espoir de retrouver l’ouïe, publier son premier livre, créer une maison d’édition ou une agence littéraire, reprendre les études en journalisme, et surtout, être heureuse et épanouie. « J’ai de l’espoir », dit-elle avec un sourire.

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